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F&A dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie : les occasions qui s’offrent aux investisseurs


18 août 2026Publication

Publié à l’origine dans Financier Worldwide Special Report: Mergers & Acquisitions, septembre 2026.


Le magazine Financier Worldwide examine les mouvements de capitaux dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie, l’évolution des stratégies d’investissement ainsi que les perspectives en matière de F&A avec Jonathan See, co‑chef des groupes Fusions et acquisitions et Capital‑investissement chez McCarthy Tétrault, Frank Aquila, associé principal, Fusions et acquisitions chez Sullivan & Cromwell, et Thyl Hassler, associé chez White & Case.

FW: Comment la transition énergétique redéfinit-elle aujourd’hui les stratégies mondiales de fusions et acquisitions (F&A) dans les infrastructures et les actifs énergétiques?

See : Les stratégies de décarbonation demeurent importantes, et l’investissement dans les énergies renouvelables continue d’attirer l’attention, mais les acteurs stratégiques et les investisseurs financiers se concentrent de plus en plus sur les infrastructures nécessaires pour soutenir une économie plus électrifiée et plus numérique. Les F&A ont élargi leur champ d’action au-delà de la décarbonation pour inclure l’expansion et la fiabilité du réseau électrique, la sécurité énergétique ainsi que les besoins en matière de production et de transport d’électricité liés aux infrastructures d’intelligence artificielle (IA), aux centres de données et à la relocalisation industrielle, sans oublier les minéraux critiques nécessaires pour soutenir une électrification à plus grande échelle. L’électrification des transports, des bâtiments et de l’industrie, combinée à l’essor des centres de données, accélère la demande d’électricité, qui croît désormais de près de 4 % par an en Amérique du Nord après deux décennies de consommation d’électricité essentiellement stable. Cette tendance se manifeste à l’échelle mondiale et transforme en profondeur l’économie. Les acteurs du marché privilégient les occasions qui offrent des flux de trésorerie plus durables et plus prévisibles, une envergure suffisante, une pertinence à long terme et une plus grande certitude d’exécution, les risques, notamment ceux liés au développement, jouant un rôle de plus en plus important dans l’évaluation et la concrétisation de ces occasions.

Hassler : La transition énergétique transforme en profondeur les F&A à l’échelle mondiale. Dans le secteur des infrastructures et de l’énergie, les capitaux sont redirigés de catégories d’actifs liées aux énergies fossiles vers d’autres catégories d’actifs liées aux infrastructures de base, telles que les énergies renouvelables, les réseaux électriques, les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) et l’hydrogène vert, mais aussi vers des catégories d’actifs dites hybrides – c’est-à-dire des catégories d’actifs qui s’inscrivent pleinement dans les catégories traditionnelles d’actifs d’infrastructure, mais qui présentent de nombreuses qualités attrayantes pour les investisseurs en infrastructures. Les actifs d’énergie renouvelable sont devenus des investissements d’infrastructure essentiels, bénéficiant de valorisations élevées en raison de flux de trésorerie stables et garantis par des contrats, tandis que les actifs à forte empreinte carbone sont confrontés à une dévaluation structurelle et à des négociations complexes concernant la responsabilité y afférente. Les acheteurs, notamment les acteurs stratégiques, les géants de l’énergie, les fonds d’infrastructure et les services publics, s’emploient activement à acquérir des plateformes d’énergie propre et à se défaire de leurs portefeuilles d’actifs à forte intensité de carbone. De nouvelles catégories d’actifs, telles que les stations de recharge pour véhicules électriques (VE), le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), les infrastructures de réseau électrique et les minéraux critiques – notamment le lithium et le cobalt – font l’objet d’une activité transactionnelle importante. De même, les catégories d’actifs dites hybrides susmentionnées sont de plus en plus ciblées par les investisseurs. D’un point de vue juridique, les transactions nécessitent désormais une vérification diligente plus approfondie en matière de risques, d’évolution de la réglementation et de questions environnementales, sociales et de gouvernance. Les questions liées à la réglementation telles que l’investissement étranger, ajoutent certains risques liés à l’exécution aux transactions transfrontalières si elles ne font pas l’objet d’une évaluation minutieuse. Dans l’ensemble, on observe une transition des acquisitions d’actifs isolés vers des stratégies de plateformes évolutives et génératrices de valeur. On observe par ailleurs une reprise des transactions portant sur des sociétés à plus grande capitalisation, ainsi qu’un marché intermédiaire dynamique dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures.

Aquila : Le changement déterminant réside dans le fait que la transition énergétique ne se résume plus à une question portant principalement sur la décarbonation, mais elle intéresse l’approvisionnement en électricité. Les volumes de F&A liées à la transition énergétique à l’échelle mondiale ont chuté d’environ 15 % en 2025, tandis que la valeur totale des transactions a augmenté de plus de 20 % pour atteindre environ 599 G$. Cette divergence nous en dit long sur la situation : moins de transactions, des transactions nettement plus importantes et une sélectivité bien plus grande. Les acquéreurs investissent dans des actifs en exploitation, le raccordement au réseau électrique et les flux de trésorerie garantis par contrat plutôt que dans des portefeuilles de projets de développement, car les listes d’attente pour l’interconnexion et les délais d’obtention des permis et des autorisations ont fait des F&A la voie la plus rapide pour l’obtention d’une capacité disponible. En pratique, cela a orienté la stratégie dans deux directions à la fois : d’une part, les services publics et les grandes sociétés s’unissent pour gagner en envergure; d’autre part, les capitaux destinés aux infrastructures descendent le long de la chaîne de valeur pour se diriger vers le transport, le stockage et les services. Les mandats dont j’ai connaissance aujourd’hui sont avant tout axés sur la fiabilité et la capacité d’exécution. Le carbone est une contrainte qu’il faut gérer, et non le principe directeur.

FW: Comment les investisseurs envisagent-ils l’affectation des capitaux tout au long de la chaîne de valeur de la transition énergétique, notamment lorsqu’il s’agit de trouver un équilibre entre le rendement immédiat et les possibilités de croissance à long terme?

Hassler : Les investisseurs évoluent naturellement dans un contexte de tension entre le rendement et la croissance à long terme tout au long de la chaîne de valeur. Les actifs en exploitation – tels que les installations solaires, éoliennes et de stockage faisant l’objet de contrats – offrent généralement des rendements stables, indexés sur l’inflation, qui séduisent les investisseurs en infrastructures privilégiant le rendement à court terme. Les actifs en phase de développement, notamment les projets d’hydrogène vert, de CUSC et d’énergie éolienne en mer, offrent un potentiel de rendement à long terme plus élevé, mais comportent des risques importants liés aux permis et autorisations, à la technologie et aux prix du marché. La plupart des investisseurs chevronnés adoptent une stratégie dite en haltère (barbell) – ils ancrent généralement leurs portefeuilles dans des actifs en exploitation générateurs de rendement, tout en affectant de manière sélective des capitaux de croissance à des plateformes de projets en phase précoce disposant d’un portefeuille de projets susceptible d'être étoffé. De manière générale, les fonds d’infrastructure mettent également de plus en plus souvent en place des plateformes intégrées verticalement – couvrant la production, le stockage et les services liés au réseau électrique – afin de tirer parti de la valeur tout au long de la chaîne et de réduire leur vulnérabilité à l’égard d’un point de défaillance unique.

Aquila : Ce que je vois, c’est une stratégie en haltère. D’un côté, les capitaux de type core et core-plus se disputent les actifs en exploitation faisant l’objet de contrats, la production connectée au réseau électrique, le transport, les activités du secteur intermédiaire, le stockage, le tout dans le cadre de contrats de transport ou de capacité d’une durée de 10 à 20 ans. Ils se négocient à des multiples d’infrastructure élevés, car leurs flux de trésorerie sont jugés suffisamment prévisibles et fiables pour soutenir le financement et offrir un rendement stable. De l’autre, une exposition à la croissance dans les plateformes de stockage, le nucléaire de pointe et les services liés au réseau électrique, mais dans le cadre de structures plutôt que d’une propriété directe – engagements échelonnés, contrepartie liée à des étapes clés, actions privilégiées, participations minoritaires aux côtés d’investisseurs stratégiques et de fonds de crédit privés. Le risque lié à la phase de développement fait l’objet d’une réévaluation beaucoup plus marquée que le risque lié à l’exploitation, car les coûts liés à l’interconnexion de réseaux électriques, à l’obtention des permis et autorisations, aux prix d’achat de la production et à la construction sont tous pris en compte simultanément. La stratégie consiste à évaluer honnêtement le rendement et à acquérir à bon prix le potentiel de croissance – et non à payer un multiple de croissance pour un actif générateur de revenus.

See : Les investisseurs évoluent dans cet environnement dynamique en adoptant une approche stratégique et diversifiée, qui concilie les occasions de croissance et la résilience afin d’atténuer les risques. D’un côté, les services publics, les réseaux de transport, les installations d’énergie renouvelable en exploitation, les installations de stockage sous contrat et certains actifs d’infrastructure liés au gaz naturel peuvent offrir une meilleure visibilité sur les flux de trésorerie et une protection contre les risques de baisse grâce à des revenus réglementés ou garantis par des contrats. Parallèlement, les batteries, la modernisation du réseau électrique, les minéraux critiques, les technologies d’électrification, les infrastructures d’IA et les technologies émergentes à faibles émissions de carbone offrent aux investisseurs une exposition plus importante à la croissance structurelle de la demande, qui connaît actuellement une forte accélération. La composition optimale d’un portefeuille varie en fonction de l’investisseur, du mandat, de l’horizon temporel et de la tolérance au risque. Il s’agit moins de choisir entre le rendement et la croissance que de constituer un portefeuille offrant un juste équilibre, par l’évaluation des risques et du rendement à différentes étapes du cycle d’investissement.

FW: Quels sous-secteurs particuliers attirent actuellement le plus grand intérêt des investisseurs? Qu’est-ce qui motive cette attention?

See : L’intérêt des investisseurs se concentre actuellement surtout sur les réseaux de transport et de distribution, le stockage de l’énergie, les actifs de production d’électricité, dont les infrastructures nucléaires et celles liées au gaz naturel, ainsi que sur les infrastructures plus générales qui soutiennent l’IA et les centres de données. La demande est alimentée à la fois par la hausse de la consommation d’électricité, les contraintes liées à l’approvisionnement et le besoin croissant d’une énergie fiable et modulable. La croissance de l’IA et des centres de données accentue ces besoins et accroît la nécessité non seulement de disposer d'une capacité de production d'électricité suffisante, mais aussi de l'infrastructure nécessaire pour acheminer cette électricité. On prévoit que près de la moitié de la croissance de la demande d’électricité aux États-Unis d’ici 2030 proviendra des centres de données, et répondre à cette demande nécessitera des investissements colossaux en capitaux. Les minéraux critiques essentiels à la transition énergétique, en particulier le cuivre, attirent également une attention considérable. Le débat sur la chaîne d’approvisionnement ne se limite plus aux matériaux utilisés dans les batteries, mais s’étend désormais aux infrastructures du réseau électrique, aux applications de défense et à la fabrication de pointe. Ensemble, ces facteurs fondamentaux ouvrent la voie à des investissements durables et à des activités de F&A dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie. Les politiques des gouvernements canadien et provinciaux soutiennent et, dans certains cas, encouragent ces investissements. Le Canada s’efforce de plus en plus d’attirer des investissements nationaux et étrangers dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures dans le cadre de sa stratégie visant à stimuler la croissance de l’économie canadienne et à se prémunir contre la montée des pressions mondiales liées aux droits de douane et d’autres risques géopolitiques, alors même que la demande est de plus en plus déterminée par les fondamentaux commerciaux.

Aquila : Quatre sous-secteurs se démarquent. Le secteur de l’électricité et des services publics est en tête en termes de valeur. À elle seule, la fusion proposée entre NextEra et Dominion a représenté plus de la moitié de la valeur des transactions du secteur au cours des cinq premiers mois de 2026. L’infrastructure gazière suit de près – le gaz naturel liquéfié (GNL), les activités du secteur intermédiaire et la production d’électricité au gaz –, car on estime que la demande est durable, contrairement aux voies d’approvisionnement. Ensuite, les services de transport et de réseau électrique, où la pénurie de capacité d’interconnexion est devenue le facteur limitant pour toutes les autres hypothèses. Enfin, le stockage d’énergie par batterie autonome, qui est désormais considéré comme une infrastructure principale plutôt que comme un complément au solaire, avec des primes revenant aux plateformes ayant intégré la capacité dans des contrats d’achat ferme à long terme plutôt que dans des opérations d’arbitrage commercial. Le nucléaire vient s’ajouter à tout cela. Le facteur commun est la capacité de répartition. L’accroissement de la demande alimentée par l’IA a fixé un prix pour une capacité ferme, disponible 24 h sur 24, et les acheteurs sont prêts à payer pour ce qui existe déjà.

Hassler : Les investisseurs manifestent un intérêt particulier pour les systèmes BESS, le réseau électrique, les infrastructures numériques, les centres de données et l’énergie éolienne en mer. Les systèmes BESS sont motivés par l’amélioration de la rentabilité des projets et la réduction des coûts, la colocation avec des installations solaires, les besoins en matière de stabilité du réseau électrique et les possibilités de cumul des revenus. L’intérêt pour les réseaux électriques s’explique par les besoins en capitaux liés à la modernisation – notamment en matière de transport d’électricité, de postes électriques et d’interconnecteurs, qui constituent des goulots d’étranglement critiques –, par leur attractivité pour les investisseurs à la recherche d’un rendement réglementé ainsi que par la solide protection contre les baisses qu’offrent leurs caractéristiques de monopole. Les infrastructures numériques et les centres de données attirent également les investisseurs en raison des besoins considérables en puissance de calcul liés à l’IA et des besoins en approvisionnement en énergie propre, du fait que l’approvisionnement en électricité constitue une priorité stratégique et que l’implantation des centres de données s’accompagne de stratégies particulières en matière de production d’énergie renouvelable. Malgré certaines difficultés récentes et l’annulation de grands projets, l’énergie éolienne en mer reste généralement attrayante à l’échelle mondiale pour les importants fonds d’investissement, les gouvernements poursuivant des objectifs de développement, en particulier dans l’Union européenne (UE) et au Royaume-Uni. D’autres actifs du secteur de l’énergie et des services publics présentent également un intérêt, tels que le chauffage urbain et les réseaux de chaleur, en raison de leur profil de revenus prévisible et de leur caractère de monopole naturel, qui offrent des possibilités de regroupement aux investisseurs cherchant à se développer. Outre ces catégories d’actifs d’infrastructure de base, les investisseurs manifestent un vif intérêt pour les actifs d’infrastructure dits hybrides, tels que les actifs réutilisables et les regroupements d’actifs.

FW: Dans un tel contexte, comment les investisseurs à long terme, tels que les fonds d’infrastructure et les fonds souverains adaptent-ils leurs stratégies d’acquisition?

Aquila : Les investisseurs à long terme sont passés de l’achat d’actifs à la mise en place de plateformes, et d’une exposition au moyen de fonds à des investissements directs et à des co-investissements. Les investisseurs souverains en sont l’exemple le plus frappant. Environ 80 % d’entre eux considèrent désormais que la sécurité énergétique et les infrastructures liées à la transition énergétique constituent le moyen le plus fiable d’assurer la résilience d’un portefeuille, et les investissements dans les infrastructures représentent désormais environ 9 % des actifs des fonds souverains (les FS). Ce qui a changé, c’est la façon dont l’exposition est réglée. Des participations minoritaires importantes assorties de droits de gouvernance négociés plutôt que d’un droit de contrôle, des consortiums qui atténuent la concentration sur un seul actif, sur le modèle des participations souveraines conjointes dans les infrastructures de réseau européennes, et des périodes de détention plus longues, avec des capitaux réservés à la poursuite du développement plutôt qu’à une stratégie axée sur la sortie. Plusieurs fonds du Golfe assument également délibérément le risque lié au statut de pionnier dans des technologies moins matures. Pour les vendeurs, cela signifie une négociation différente, dans laquelle la gouvernance, les questions réservées et les obligations de financement jouent un rôle plus important que le prix affiché.

Hassler : Les fonds d’infrastructure et les FS acquièrent de plus en plus des plateformes de projets de développement évolutives plutôt que des actifs uniques. De même, plutôt que de se limiter à des acquisitions passives d’actifs de base, les fonds d’infrastructure et les FS se tournent également vers des stratégies de type core-plus et à valeur ajoutée, leurs rendements étant de plus en plus garantis par des programmes actifs de dépenses en immobilisations et par l’amélioration de l’exploitation. Certains investisseurs investissent de plus en plus souvent à un stade précoce et à des carrefours stratégiques afin de tirer parti d’effets de levier cumulatifs. Afin de réaliser des investissements plus importants tout en gérant le risque de concentration, les investisseurs organisent des opérations de grande envergure au moyen de consortiums et de co-investissements. Les FS intensifient à la fois leurs co-investissements et leurs acquisitions directes ciblées afin de renforcer leur contrôle. Les modalités des conventions se sont durcies en raison de la hausse du coût du capital, ce qui s’est traduit par une baisse des ratios d’endettement et un recours accru aux instruments de couverture. On recourt actuellement à des transactions secondaires, à des véhicules de continuation, à des facilités de crédit adossées à la valeur nette d’actifs et à des structures hybrides de capitaux propres pour gérer des périodes de détention plus longues et faire face aux pressions sur la liquidité dans les portefeuilles arrivant à échéance. Les investisseurs diversifient également leurs placements sur le plan géographique afin d’atténuer les risques liés à la réglementation et de tirer parti d’un plus grand nombre d’occasions liées à la transition.

See : Les investisseurs accordent de plus en plus d’importance à la fiabilité de l’exécution et aux plateformes évolutives. Les stratégies d’acquisition deviennent plus sélectives, avec une utilisation accrue des coentreprises, des stratégies de plateforme, des accords de consortium et des investissements minoritaires, en particulier pour les opportunités liées à des infrastructures plus importantes et à forte intensité de capital. Ces structures permettent aux investisseurs de réaliser des transactions d’envergure tout en partageant les risques et les besoins en capitaux, et en gérant leur exposition dans le cadre d’un horizon d’investissement à long terme. Le recyclage du capital occupe également une place importante : les actifs arrivés à maturité sont vendus et le produit de ces ventes est réinvesti dans des secteurs présentant un potentiel de croissance plus élevé. Pour les fonds d’infrastructure et les fonds souverains, cela se traduit par une plus grande diversité d’approches en matière de déploiement de capitaux et de gestion de portefeuilles, et permet de continuer de mener à bien des opérations d’infrastructure d’envergure.

FW: Dans quelle mesure les développements géopolitiques et les préoccupations liées à la sécurité énergétique influencent-ils la structuration des transactions et le choix des actifs?

Hassler : Les tensions géopolitiques et les préoccupations liées à la sécurité énergétique constituent les principaux facteurs qui déterminent tant la sélection des actifs que le montage des transactions. Par exemple, le conflit entre la Russie et l’Ukraine a accéléré les investissements européens dans les terminaux de GNL et les programmes de diversification des réseaux électriques, tandis que les incitatifs de la loi américaine Inflation Reduction Act ont réorienté les capitaux vers les chaînes d’approvisionnement terrestres. Les acheteurs privilégient les actifs situés dans des territoires ou pays stables où la fiabilité de l’approvisionnement revêt une valeur tant stratégique que financière. En matière de structuration, la certitude quant à la conclusion des transactions est devenue une préoccupation majeure – ce qui a entraîné un durcissement des conditions relatives au droit de la concurrence, en matière d’investissements directs étrangers et de sécurité nationale, notamment un examen plus rigoureux par le Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS) aux États-Unis et un contrôle élargi des investissements étrangers dans les cadres de l’Union européenne et du Royaume-Uni, des dates butoirs repoussées, des engagements réglementaires plus stricts (soit des engagements de type advienne que pourra ou hell and high water en anglais), ainsi que des indemnités inversées de résiliation ou de rupture des négociations lorsque l’approbation réglementaire est incertaine.

See : La sécurité énergétique est désormais un facteur clé de création de valeur, et non plus simplement un élément de risque à prendre en compte. Les actifs qui fournissent une puissance distribuable, assurent l’approvisionnement national ou offrent une capacité critique au réseau revêtent une valeur stratégique de plus en plus importante, au-delà de leurs rendements financiers immédiats. Cela contribue à soutenir l’intérêt pour les infrastructures liées au gaz naturel et au GNL, à la production et au transport d’énergie, ainsi qu’à d’autres infrastructures énergétiques essentielles. L’incertitude géopolitique influence également la manière dont les transactions sont évaluées et exécutées. La volatilité des prix des matières premières, les risques liés à la chaîne d’approvisionnement et l’évolution des exigences réglementaires peuvent avoir une incidence sur l’évaluation, la vérification diligente et la certitude de la transaction, en particulier dans le cadre d’opérations transfrontalières. Ces facteurs ne limitent pas nécessairement les F&A, mais ils modifient l’évaluation du risque et de la valeur stratégique. Les actifs qui garantissent la sécurité de l’approvisionnement ou assurent des capacités essentielles revêtent une importance stratégique dans un contexte d’incertitude.

Aquila : Les développements géopolitiques et les préoccupations en matière de sécurité énergétique se situent largement, et de plus en plus, au stade de la structuration plutôt qu’en tant que condition de clôture. L’escalade des tensions au Moyen-Orient, les inquiétudes concernant le détroit d’Ormuz et les divisions au sein de l’OPEP+ ont renforcé la préférence pour des sources d’approvisionnement locales et pour des actifs qui ne dépendent pas d’un seul point d’étranglement. Sur le plan réglementaire, la Fiscal Year 2026 National Defense Authorization Act a, en effet, reclassé la modernisation du réseau électrique, le stockage et les minéraux critiques comme des actifs stratégiques plutôt que purement commerciaux; désormais, le CFIUS ne limite plus son examen aux pourcentages de participation, mais examine également les droits de participation ne donnant pas le contrôle, les intérêts fonciers à proximité de sites sensibles et la composition de la chaîne d’approvisionnement. Les conséquences pratiques seront bien connues de tous ceux et celles qui exercent des activités transfrontalières. La vérification diligente en matière de sécurité nationale commence avant la signature du sommaire des modalités. Les investisseurs étrangers acceptent les structures passives, les exceptions en matière de gouvernance et le cloisonnement de l’information afin d’échapper aux seuils de déclaration obligatoire. Les échéances pour la réalisation des opérations sont prolongées. Et la répartition du risque lié à la réglementation fait désormais partie des aspects économiques les plus négociés dans le cadre d’une transaction.

FW: Pensez-vous que certains sous-secteurs de l’énergie et des infrastructures connaîtront une vague accrue de F&A? Quels facteurs sont susceptibles de favoriser ou de freiner cette tendance?

Aquila : On s’attend à davantage de F&A, et ce, dans trois secteurs. Tout d’abord, celui des services publics réglementés, où le programme d’investissement nécessaire pour répondre à la croissance de la demande ne peut tout simplement pas être financé à une échelle insuffisante et où les engagements en matière d’abordabilité font désormais partie intégrante des conditions d’autorisation. Ensuite, celui des producteurs d’électricité indépendants et des plateformes de développement des énergies renouvelables, où un processus de réorganisation du secteur est déjà en cours : les promoteurs qui ont réussi à faire bénéficier leurs projets d’une clause de protection avant la date limite de début des travaux négocieront un prix plus élevé, tandis qu’un certain nombre de ceux qui n’y sont pas parvenus seront absorbés. Enfin, le secteur intermédiaire, où la continuité du réseau est source de valeur. Les modifications de la législation fiscale sont bénéfiques : le rétablissement de l’amortissement majoré et le retour à la norme de la limitation des intérêts pour le résultat avant intérêts, impôts et amortissements élargissent considérablement la capacité d’endettement fiscalement avantageuse pour les acquéreurs dont les activités nécessitent d’importants investissements en capital. Les contraintes ne sont pas d’ordre financier. À cet égard, on peut citer les approbations des commissions d’État, qui font courir les délais dans les transactions liées aux services publics, la Federal Energy Regulatory Commission et de l’examen en matière de concurrence dans les marchés concentrés de l’électricité, ainsi que des écarts persistants entre les cours acheteur et vendeur dans les portefeuilles à forte composante de développement.

See : Nous prévoyons une activité de regroupement accrue, mais elle sera sélective et concentrée dans les secteurs où les besoins en investissement sont importants. Les infrastructures électriques et de réseau électrique sont des exemples évidents, compte tenu de la nécessité d’élargir et de moderniser les systèmes existants ainsi que des investissements considérables que cela exige. Les investisseurs ont également recours à des stratégies de regroupement d’entreprises pour mettre en place des plateformes à grande échelle et mettre ces entreprises sur la voie d’une sortie réussie. Les F&A peuvent offrir un accès plus rapide aux actifs en exploitation, à des compétences et aux portefeuilles de projets en développement que si l’on entreprenait un nouveau projet de développement de façon autonome. Parmi les contraintes figurent les considérations liées à la réglementation sur la concurrence et les investissements directs étrangers, ainsi que le défi consistant à trouver la bonne combinaison d’actifs pour créer une plateforme de regroupement cohérente et attrayante. Les acquisitions et les cessions réalisées par les entreprises du secteur de l’énergie devraient également continuer à mettre des actifs sur le marché et à créer des occasions pour les acheteurs stratégiques et les investisseurs financiers à long terme. Le rythme variera selon le sous-secteur et le marché. Les coûts de financement, les écarts d’évaluation et la surveillance des organismes de réglementation demeurent des facteurs importants à prendre en compte, tandis que les contraintes liées à l’obtention des permis et autorisation et à l’interconnexion peuvent avoir une incidence sur les délais, les coûts et l’exécution. Cette dynamique devrait continuer à offrir des occasions de F&A, notamment lorsque des acquisitions peuvent accélérer la croissance ou permettre d’accéder à des infrastructures essentielles déjà en place.

Hassler : Sur l’ensemble du marché, l’activité de regroupement d’entreprises s’accélère dans plusieurs sous-secteurs de l’énergie et des infrastructures, tandis que les actifs bénéficiant d’un accès garanti aux ressources se négocient avec des primes plus élevées. La certitude quant à l’exécution est devenue un facteur déterminant des transactions, en particulier lorsque les retards liés à l’obtention des permis et autorisations ainsi que les files d’attente pour le raccordement au réseau constituent les principales contraintes à la création de valeur. Les plateformes évolutives dotées de capacités intégrées de développement et d’approvisionnement sont donc mieux placées pour surmonter ces goulots d’étranglement et absorber les risques liés à l’exécution des projets. En Allemagne, on observe que les portefeuilles de projets de renouvellement de parcs éoliens terrestres sont regroupés au sein de plateformes évolutives grâce à des acquisitions et à des financements de plateformes à grande échelle, comme en témoignent certaines transactions de plus grande envergure récemment réalisées sur le marché. Plus généralement, à l’échelle européenne, les transactions dans le secteur de l’énergie éolienne terrestre s’orientent de plus en plus vers les portefeuilles d’actifs en exploitation, les acquéreurs privilégiant les flux de trésorerie à faible risque. La forte demande des investisseurs pour les systèmes de BESS se traduit désormais par une accélération de la dynamique du marché : les systèmes BESS dominent déjà les F&A dans le secteur du stockage en Europe en termes de volume, et l’activité transactionnelle augmente rapidement, les exploitants de réseaux et les services publics recherchant des capacités d’appoint ou des capacités de soutien afin de compenser l’intermittence des sources d’énergie renouvelable. Le regroupement d’entreprises dans le secteur de la recharge des VE progresse, en revanche, de manière plus sélective.

FW: Comment les entreprises utilisent-elles les F&A, les partenariats et les stratégies de plateforme pour se positionner en vue d’une croissance stratégique à long terme dans le cadre de la transition énergétique?

See : Les investisseurs financent de plus en plus des plateformes plutôt que des actifs autonomes. Cette stratégie vise à prendre pied de manière stratégique sur un marché en croissance structurelle, puis à se développer progressivement grâce à des acquisitions supplémentaires, à des projets de développement et à des partenariats. Les partenariats peuvent également permettre de réunir des capitaux, des technologies et de l’expertise, de partager les risques liés à l’exécution et d’accélérer les stratégies de création de valeur. L’essor de l’IA et des centres de données donne également lieu à la formation de nouvelles alliances entre acquéreurs, investisseurs et partenaires stratégiques, ce qui aurait été inhabituel il y a quelques années. Les services publics, les fonds d’infrastructure et les caisses de retraite, les entreprises technologiques et les grands consommateurs d’énergie collaborent de plus en plus dans les domaines de l’approvisionnement en électricité, de la capacité du réseau électrique et des infrastructures connexes. Les acquisitions, coentreprises et autres partenariats offrent différentes avenues de participation à ces occasions à mesure que la demande évolue dans le secteur.

Hassler : Les investisseurs acquièrent de plus en plus des portefeuilles de projets à grande échelle et prêts à être mise en œuvre – dont des places sur la liste d’attente pour le raccordement au réseau, afin de garantir un accès plus rapide à celui-ci et d’éviter de longues procédures d’approbation – au moyen d’acquisitions de plateformes plutôt que de transactions portant sur des actifs individuels. Les fonds d’infrastructure, en particulier, adoptent ce type d’approche de plateforme : ils acquièrent des actifs phares et procèdent systématiquement à des acquisitions supplémentaires afin de gagner en envergure, d’acquérir une expertise sur le plan de l’exploitation et de renforcer leur influence commerciale dans un sous-secteur donné. Les stratégies de plateforme permettent de mettre en place des cadres d’acquisition et de financement reproductibles qui vont au-delà de la production pour englober le stockage et d’autres infrastructures de soutien. Les partenariats et coentreprises – qui prennent souvent la forme de participations minoritaires – ont un double objectif : partager les risques liés au capital et au financement, tout en combinant des capacités supplémentaires en matière de développement, d’ingénierie, d’approvisionnement, de construction ainsi que de commercialisation et de sécurisation de débouchés tout au long de la chaîne de valeur.

Aquila : Le recours aux F&A est planifié, et différents instruments sont mis en œuvre en fonction des risques. Les F&A visant l’acquisition du contrôle sont utilisées pour des actifs ou ressources véritablement rares : des droits d’interconnexion, des sites industriels à réhabiliter, des installations d’énergie nucléaire et gazière en exploitation. Les acquisitions réalisées par des acquéreurs du secteur des technologies visant des sites existants principalement en raison de leur position dans la file d’attente constituent désormais un type de transaction bien établi. Les partenariats et les coentreprises permettent de répartir les risques liés à la technologie et à la construction, que personne ne souhaite assumer seul dans son propre bilan. En mai 2026, on comptait quelque 13 projets annoncés prévoyant la mise en place d’une capacité nucléaire de près de 10 GW pour répondre à la demande des centres de données; pratiquement tous ces projets reposent sur des partenariats entre services publics, développeurs et acheteurs de la production, plutôt que sur l’acquisition d’actifs. Les plateformes se chargent des tâches répétitives : il suffit d’acquérir une équipe de direction et un portefeuille de projets une seule fois, puis de développer la plateforme par des acquisitions successives. La stratégie la plus intéressante consiste à acquérir des parcs solaires plus anciens et à les doter d’installations de stockage raccordées au point d’interconnexion existant, ce qui permet de contourner entièrement les files d’attente d’interconnexion (stratégie appelée en anglais augmentation trade).

FW: Où les occasions les plus importantes sont-elles susceptibles de se présenter au cours des 12 à 24 prochains mois?

Hassler : Dans les secteurs traditionnels, on s’attend à ce que les catégories d’actifs suivantes offrent des débouchés. L’infrastructure du réseau électrique exigera un déploiement accéléré des investissements en raison de son sous-investissement chronique et du retard accumulé dans le raccordement des sources d’énergie renouvelable. Les investissements dans les actifs liés aux systèmes BESS seront motivés par le besoin considérable de capacité de stockage nécessaire pour garantir la stabilité du réseau. La demande liée à l’IA continuera de stimuler les investissements dans les infrastructures de centres de données en raison des besoins considérables liés aux capacités de calcul. Enfin, certains secteurs en difficulté, comme celui de la fibre optique, offriront des occasions commerciales, permettant des entrées intéressantes à des niveaux inférieurs aux valorisations maximales. On s’attend également à ce que les fonds d’infrastructure se tournent de plus en plus vers le secteur des infrastructures hybrides, en ciblant des actifs qui fournissent certains services essentiels à des secteurs clés ou qui bénéficient d’une demande résiliente à long terme.

Aquila : Je prévois quatre occasions importantes. Par ordre de priorité approximatif, tout d’abord, le classement qui suit la date limite de début des travaux : les portefeuilles bénéficiant d’une clause de protection bénéficieront de primes, et les actifs qui les sous-tendent créeront un véritable marché favorable aux acheteurs en matière de risques liés à la phase de développement. Deuxièmement, le transport, les équipements du réseau électrique et les services liés à celui-ci – la partie la moins prestigieuse de la chaîne et la contrainte la plus lourde pour toutes les autres hypothèses. Troisièmement, l’injection de capitaux structurés dans des plateformes à forte intensité capitalistique. Les capitaux non investis (poudre sèche ou dry powder en anglais) des investisseurs financiers, qui atteignent des montants records, prennent la forme d’actions privilégiées, de crédit privé et de participations minoritaires plutôt que de rachats visant l’acquisition du contrôle, et c’est là que réside désormais tout l’intérêt des négociations. Quatrièmement, la réorganisation du secteur nucléaire, au cours de laquelle les projets crédibles, soutenus par de véritables partenaires de mise en œuvre, prendront le pas sur les projets spéculatifs. Les 18 prochains mois constituent le point de départ de cette démarche. Je surveillerais également les cessions d’actifs, car les services publics et les grands acteurs du secteur, qui doivent financer la croissance de la demande d’électricité et leurs engagements liés au GNL, vendent de bons actifs non essentiels.

See : C’est probablement là où la demande dépasse les capacités des infrastructures existantes que les occasions les plus prometteuses se présenteront. Les secteurs de la technologie et de l’électricité sont au cœur de cette équation. L’essor de l’IA et des centres de données entraîne une augmentation des besoins en électricité et engendre des besoins d’investissement dans les infrastructures de production, de transport et de réseau électrique. Le gaz naturel devrait également attirer des investissements, compte tenu de son rôle dans le maintien de la fiabilité à mesure que la production d’énergie renouvelable prend de l’ampleur. Cette dynamique devrait offrir aux investisseurs privés des occasions de créer et de développer des entreprises au moyen d’acquisitions, de projets de développement et de partenariats. Au cours des12 à 24 prochains mois, nous prévoyons que les occasions les plus intéressantes concerneront les actifs et les entreprises qui remédient à une contrainte liée aux infrastructures, fournissent une capacité fiable ou offrent un accès à des infrastructures sur les marchés où la demande connaît la croissance la plus rapide.

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En tant que co-chef des groupes nationaux de F&A et de Capital-investissement de McCarthy Tétrault, Jonathan See conseille bon nombre des plus grands investisseurs et stratèges mondiaux dans le cadre de transactions transformatrices tant au Canada qu’à l’international. Classé par Chambers et largement reconnu comme l’un des principaux avocats en F&A et en capital-investissement au Canada, Jonathan intervient dans le cadre de mandats complexes, tant nationaux que transfrontaliers, dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, des ressources naturelles, des technologies et d’autres domaines favorisant l’investissement en capital privé.

Les équipes de McCarthy Tétrault S.E.N.C.R.L., spécialisées dans les F&A et le capital-investissement, représentent des investisseurs avertis de toutes tailles, dans l'ensemble des grandes catégories d'actifs et des secteurs d'activité. Le Cabinet bénéficie d’une forte présence dans les principaux centres d’affaires du Canada, ainsi qu’à New York et à Londres. Notre approche de service complet est conçue pour offrir une expérience intégrée à nos clients internationaux dans le cadre de leurs mandats canadiens, et pour mettre nos clients canadiens en contact avec des sources de financement et des occasions de croissance au Canada et à l’échelle mondiale.

Cet article a été publié pour la première fois par Financier Worldwide Ltd. ©2026 Financier Worldwide Ltd. Tous droits réservés. L’éditeur a accordé l’autorisation d’utiliser cette réimpression.

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  • Jonathan D. See
    Jonathan D. See

    Associé | Co-chef du groupe Fusions et acquisitions, Co-chef du groupe Capital-investissement

    People.Offices.Singular Toronto