Article – détails



Article

Gérer les risques juridiques de la technologie sociale

Date

19 janvier 2010


Internet a engendré la création (et la croissance phénoménale) d’un éventail de technologies sociales. Facebook®, dont les débuts remontent à 2004, compte maintenant 350 millions d’utilisateurs. Vous avez bien lu : 350 millions; bien que la majorité des utilisateurs soient âgés entre 18 et 35 ans, le monde des affaires et les dirigeants commencent à s’intéresser aux technologies sociales. Il est donc utile d’explorer certaines des dimensions de ces nouvelles technologies et de réfléchir à la manière de gérer certains des risques juridiques qui s’y rattachent.

Sites web et courrier électronique Web 1.0

La plupart des technologies sociales sont associées à ce qui est appelé le « Web 2.0 », ce qui diffère du Web 1.0, lequel correspondait essentiellement à la première génération de la technologie des sites web. Il s’agit de la génération ayant coïncidé avec la création d’expériences web essentiellement statiques (les utilisateurs pouvaient prendre connaissance d’une information généralement non modifiée sur les sites web, ce qui est utile mais qui correspond pour ainsi dire aux documents sur papier d’une organisation rendus plus accessibles parce qu’ils sont en ligne).

Le courrier électronique « de base » faisait aussi partie du Web 1.0. Même si nous considérons maintenant le courriel comme une application de base, on ne doit pas sous-estimer son importance, car il s’agit peut-être de l’application phare d’Internet jusqu’à présent, de nombreux internautes pouvant difficilement imaginer ce que serait la vie sans lui. Or, l’utilisation principale du courrier électronique consiste à effectuer des communications d’une personne avec une autre personne ou avec plusieurs autres personnes, alors que les technologies sociales sur le Web 2.0 permettent les communications « multi-intervenants ».

Blogues sur Web 2.0

Les sites web et le courrier électronique passifs n’en demeurent pas moins encore très importants. À partir de ceux-ci toutefois, se développent un éventail de technologies sociales qui s’appuient sur les assises du Web 1.0 mais qui visent à créer pour l’utilisateur des expériences dont l’immédiateté et l’engagement sont encore plus importants.

Prenons l’exemple du blogue, qui est essentiellement un type de site web, mais dans lequel s’ajoutent régulièrement des entrées (habituellement chaque jour, souvent mises à jour deux ou trois fois par jour), des opinions, des commentaires, des photos et des graphiques. Il existe de nombreux types de blogues (néologisme tiré du terme anglais « web log » qui signifie « carnet de bord sur Internet »), certains se limitant au journal personnel d’une personne, d’autres ayant un contenu beaucoup plus complexe et étendu (comme Huffingtonpost.com)

De nos jours, les gens bloguent sur à peu près tous les sujets. On estime que 5 % des travailleurs américains ont leur propre blogue, le nombre actuel de blogues étant actuellement estimé à environ 112 millions.

Des blogues aux microbillets

Les blogues représentent seulement la pointe de l’iceberg du Web 2.0. Twitter® est une forme fascinante de microblogage appelée « tweeting » (comme le pépiement de l’oiseau). Le microbillet (« tweet ») est un bref envoi d’informations. Chaque micromessage se limite à 140 caractères, ce qui contraste avec ses origines initiales provenant de l’envoi de messages SMS (le nombre de caractère par message étant également limité). Bien sûr, le microblogage compense cette diminution du nombre de caractères par message par une augmentation du nombre des messages.

Twitter®, dont les débuts remontent seulement à 2006, reçoit quelque 55 millions de visites par mois dans le monde entier, ce qui représente un taux de croissance de 1 382 %. Dans une récente étude portant sur quelque 2 000 microbillets, une entreprise d’études de marché a constaté qu’environ 40 % consistaient en des « banalités »; 37 % en des messages interactifs (dont peut-être 8 % justifiaient la transmission); 6 % en de l’auto-promotion faite par des sociétés; et 4 % en des nouvelles).

Mais même si la plupart des microbillets ne portent pas sur des sujets d’État, cela ne veut pas dire que le microblogage ne peut être mis à contribution dans un but très louable. Lors des attaques terroristes survenues en 2008 à Mumbai, les utilisateurs de Twitter® ont transmis l’emplacement des hôpitaux qui avaient besoin de sang. En février 2009, les utilisateurs de Twitter® en Australie ont transmis des mises à jour et des alertes précieuses sur les incendies de brousse. Plus tard en 2009, les manifestations de rue en Iran ont été alimentées par des microbillets (particulièrement après que le gouvernement eut bloqué l’accès aux autres moyens de communication).

Sites de réseautage social

Les soi-disant sites de réseautage social sur Internet, comme Facebook® et MySpace® permettent à leurs utilisateurs de créer des profils à partir desquels ils peuvent télécharger des photos, afficher des commentaires et créer des liens vers des espaces créés par des amis, des collègues ou d’autres personnes ayant les mêmes intérêts. Essentiellement, un site comme Facebook® permet aux utilisateurs de créer une série de différentes communautés en ligne, réunies par une allégeance ou un intérêt commun, mais regroupant un grand nombre d’« amis » (l’utilisateur moyen compte environ 220 « amis »).

Si les jeunes constituent le pivot d’un site comme Facebook® (du moins, à l’heure actuelle), il existe également un site de réseautage social appelé LinkedIn® (un peu semblable à Facebook®, mais moins orienté sur le caractère interactif ou personnel, à l’intention des gens d’affaires et des professionnels). Les utilisateurs de LinkedIn®, qui sont actuellement au nombre d’environ 50 millions répartis dans 200 pays, tiennent une liste de « relations » (qui englobent les relations des relations — un peu comme un ancien Rolodex sur les stéroïdes), qui peuvent toutes aider quelqu’un à trouver un emploi ou une autre occasion.

Les médias sociaux atteignent le monde des affaires

Jusqu’à présent, les technologies sociales ont été utilisées surtout par des jeunes qui veulent rester en contact et interagir. Mais comme le démontre l’ascension de LinkedIn®, les médias sociaux commencent à remonter le courant. Des économistes ont des sites sur Facebook® et des scientifiques restent en contact par l’entremise de Twitter®.

Assurément, le monde des affaires commence à se montrer intéressé à adopter certains aspects des technologies sociales. Déjà, les groupes de vente/commercialisation de certaines sociétés commencent à s’aventurer dans les eaux agitées des médias sociaux. Dans les salons professionnels, il est possible de voir des organisations envoyer des microbillets à leurs participants. Les lancements de nouveaux produits commencent également à apparaître sur les plateformes des médias sociaux. Les spécialistes des relations avec les investisseurs s’intéressent aux possibilités qu’offrent les médias sociaux. Et certains chefs de la direction commencent à avoir recours aux messages transmis par les médias sociaux pour joindre les parties intéressées à leurs sociétés.

Maintenant que le monde des affaires commence à participer aux médias sociaux, et à tirer avantage des technologies sociales, il est impératif que les organisations comprennent certaines des forces dynamiques de ces nouveaux moyens de communication, afin de se prémunir contre les risques juridiques s’y rattachant.

Caractéristiques des médias sociaux

Interactivité

Il existe une différence importante entre les environnements Web 1.0 et Web 2.0 et il s’agit du degré d’interactivité du dernier. Les blogues invitent les lecteurs à transmettre leurs commentaires et les reçoivent. Si un affichage sur un blogue peut souvent constituer le premier mot portant sur un sujet, il en est rarement le dernier.

Même s’il y a toujours eu des « lettres au rédacteur en chef », depuis qu’existent les journaux sur papier, la différence entre ces lettres et un commentaire de blogue est considérable. La principale différence réside surtout dans le fait qu’un journal ou un magazine dans le secteur des médias imprimés a un rédacteur en chef, une personne qui lit les lettres envoyées par les lecteurs et qui décide lesquelles doivent être imprimées (après y avoir apporté quelques corrections judicieuses).

Habituellement, les blogues ne relèvent d’aucun rédacteur officiel avant la publication. En fait, n’importe qui peut transmettre sa « lettre » et la voir affichée sur le blogue; si son caractère est choquant ou diffamatoire, elle ne peut être retirée qu’après coup (vraisemblablement seulement après que les dommages initiaux ont été subis).

Ton familier

Le ton adopté dans la majeure partie des communications écrites sur le Web 2.0 est très informel. Contrairement à la lettre d’affaires officielle, ou même à la note de service, cette communication ressemble davantage à un simple courriel. En fait, l’envoi de messages sur le Web 2.0 prend surtout l’aspect d’une conversation. Ainsi, même lorsque des sujets sérieux doivent être abordés, le ton et le style demeurent très familiers.

L’espace réservé aux communications sur le Web 2.0 est par ailleurs souvent très limité. Un microbillet sur Twitter® est limité à 140 caractères. Par conséquent, une nouvelle forme d’écriture abrégée a vu le jour, « kom c le k ds les textos des ados ». Dans les messages texte et autres messages abrégés sur le Web 2.0, il y a peu de place pour le contexte ou les nuances. Par conséquent, un message-texte court peut être source de malentendus. Cela peut ne pas avoir de conséquences graves dans les communications entre adolescents, mais l’incidence peut être beaucoup plus grande lorsque le microbillet est adressé par un chef de la direction à la communauté financière.

Caractère permanent

Même si les messages affichés sur un blogue et les microbillets sont familiers et prennent le ton d’une conversation et qu’ils peuvent sembler éphémères, comme l’est une conversation, ils constituent en fait des écrits permanents. C’est comme si toutes vos conversations étaient en fait enregistrées pour la postérité.

Non seulement ces écrits sont-ils permanents, mais ils sont aussi faciles à trouver, de sorte que n’importe qui peut rapidement voir ce que vous avez dit dans vos conversations en ligne. Commencez-vous à vous sentir nerveux?

Présence mondiale et généralisée

La portée mondiale de ces technologies, comme dans le cas d’Internet, constitue un autre aspect important des forces dynamiques du Web 2.0 et les points d’accès mis à la disposition des utilisateurs comprennent maintenant tout un éventail de terminaux de poche, ce qui généralise réellement l’accessibilité.

De plus, la mobilité croissante des auteurs des messages sur le Web 2.0 renforce certaines des autres forces dynamiques mentionnées plus haut, comme la tendance à l’immédiateté de ces communications. Étant donné que la communication sur le Web 2.0 se déroule en grande partie comme une conversation, les réponses aux messages et affichages électroniques courts sont données rapidement, sans qu’aucune réflexion sérieuse n’ait été accordée aux problèmes ou questions en cause. Le Web 2.0 est en fait une question d’action, et de réaction, en temps réel, et la nature des écrits sur le Web 2.0 illustre bien cette cadence hyper-accélérée.

Si les incidences juridiques de certains des écrits transmis au moyen de ces technologies sociales vous rendent réellement nerveux, les causes juridiques qui découlent déjà des forces dynamiques du Web 2.0 sauront vous intéresser, de même que les technologies de gestion des risques juridiques s’y rattachant, des sujets que nous aborderons dans notre prochaine édition.

Expertise