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Devenir une « superpuissance énergétique propre » en s’inspirant d’autres pays

Date

6 novembre 2008

AUTEUR(s)

David A.N. Lever


Dans son dernier livre intitulé Hot, Flat and Crowded, le lauréat du prix Pulitzer et chroniqueur du New York Times, Thomas L. Friedman, se tourne vers un avenir rapproché et dresse le portrait d’un monde où la technologie propre est un produit de base et où les pays figurant parmi les chefs de file dans ce secteur bénéficient d’un important avantage stratégique. Dans le dernier trimestriel du droit de la technologie, nous avons traité du système de plafond et d’échange d’émissions de carbone du gouvernement fédéral, qui fait partie de l’objectif visé par le gouvernement de faire du Canada une « superpuissance énergétique propre ». Bon nombre d’initiatives entreprises ailleurs proposent d’autres avenues sur lesquelles le Canada pourrait s’engager en vue d’atteindre cet objectif.

Faire « exploser » la demande

Depuis quelques années, la croissance impressionnante des technologies d’énergie propre, notamment l’énergie éolienne, masque le vrai défi auquel l’industrie est confrontée. Ce n’est pas demain la veille que la technologie propre remplacera entièrement les ressources d’énergie conventionnelles. Pour cela, d’importantes innovations technologiques devront être apportées. De plus, on prévoit que la consommation d’énergie totale augmentera en raison de la croissance économique et démographique, ce qui signifie que le secteur de la technologie propre tente d’atteindre une cible changeante en ce qui concerne la demande à satisfaire.

Selon M. Friedman, le monde a besoin d’une « demande exceptionnelle et effrénée » afin de fournir une certitude suffisante pour encourager les entreprises à investir dans la technologie nécessaire en vue de satisfaire à cette demande. Et le problème suivant se pose : d’un côté, la technologie propre doit pouvoir répondre à une énorme demande afin de devenir une solution de rechange aux combustibles fossiles réellement viable et, d’un autre côté, les chefs de file du secteur de la technologie propre doivent avoir la preuve qu’il existe une énorme demande pour leurs produits avant de prendre le risque et d’investir dans l’innovation. Comment rompre ce cercle vicieux?

Inspiration de l’Allemagne et du Brésil

Les pays chefs de file à l’échelle mondiale en matière de technologie propre ont adopté des objectifs nationaux contraignants qui obligent les services publics à tirer une partie fixe de leur électricité des ressources renouvelables. Ces lois précisent les prix que doivent payer les services publics pour cette électricité, habituellement sur une période de 20 ans, ce qui représente un délai suffisant pour que les entreprises obtiennent un rendement de leur investissement. Dans la plupart des cas, les prix varient en fonction du moyen utilisé pour produire l’électricité.

Par exemple, la loi allemande intitulée Renewable Energy Sources Act (« RESA ») fixe des taux plus élevés pour l’électricité provenant de parcs éoliens en mer (comparativement aux parcs éoliens côtiers) en raison des coûts plus élevés qu’ils comportent. Des politiques semblables sont appliquées partout en Europe à la suite de l’émission d’une directive par l’Union européenne exigeant que les États membres adoptent des lois semblables. En raison de ses nombreuses journées nuageuses et de sa vitesse de vent relativement modérée, il semble, à première vue, être peu probable que l’Allemagne soit un chef de file à l’échelle mondiale tant dans le secteur de l’énergie éolienne que de l’énergie solaire. Pourtant, l’Allemagne est un chef de file mondial dans ces deux secteurs et sa réussite est en grande partie attribuable à la RESA.

L’Europe n’est pas un cas isolé. En 2002, le Brésil a adopté Proinfa, un programme visant à encourager l’investissement dans les projets éoliens, les projets de conversion de la biomasse et les petits projets hydroélectriques, ce qui lui a valu sa position de chef de file en matière de technologie propre en Amérique Latine.

Les initiatives du Brésil et de l’Allemagne suggèrent d’autres avenues que peut explorer le Canada en vue de produire la demande à grande échelle nécessaire pour obtenir les certitudes quant au financement et pour que le Canada puisse se tailler une place parmi les chefs de file à l’échelle mondiale en matière de technologie propre.

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